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Anna de Noailles (1876-1933), poétesse et romancière.
Poème autographe signé Souvenir de Venise 1907. Poème autographe signé de 18 alexandrins (6 tercets), sur une page de garde d'un carnet vénitien (resté vierge), in-8, fermant avec un lacet de cuir.
Sous l’esthétique parnassienne se dissimule tout un univers de souffrance et de solitude d’Anna de Noailles. Les poèmes de Noailles qui appartiennent au cycle de poésie qui exalte Venise et sa beauté, immobile et suspendue, font apparaitre l’ombre et l’appel de la mort. Venise éprouva les nerfs d’Anna, qui promenait sa « peine amoureuse » le long des palais et berçait sa tristesse au bord des canaux. Beau poème.
« Deux étoiles d’argent éclairent l’ombre et l’eau
On entend le léger clapotement des flots
Qui baise les degrés du Palais Barbaro
Une vague en chantant répond à l’autre vague
Enlaçante tristesse, appel dolent et vague
Un vert fanal sur l’eau tombe comme une bague
Des gondoles s’en vont, paisible glissement ;
Deux hommes sont debout et parlent en ramant
On n’entend que la vague et leur voix seulement.
Venise a la couleur dormante des gravures
Ô parfum des jasmins ! Ce calme des nuits pures
Protège doucement de grandes aventures
Les hauts palais d’argent aux marbres effrités
Luisent sur le canal somnolent, arrêté,
Qui semble une liquide et molle éternité.
Belle eau d’un pôle enfer qui m’attire et me touche,
Puisque la mort ce soir n’a rien qui m’effarouche,
Montez jusqu’à mon cœur, montez jusqu’à ma bouche… »