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Lettre autographe signée à son ami et avocat Gustave Chaudey (1817-1871, avocat, homme politique et journaliste), Ixelles-les-Bruxelles, 29 juillet 1861. 4 pp. in-8. Quelques taches et réparations.
De son exil en Belgique, Proudhon en 1861, publie un ouvrage "La Guerre et la paix" qu’il décrit comme une « étude historique sur la manière dont la civilisation, débutant par la guerre, tend à une pacification universelle, un mot de saine philosophie sur la paix et la guerre, sur l'équilibre européen ». Très intéressante lettre de Proudhon qui, prenant appui sur son ouvrage, livre ses réflexions politiques et philosophiques et la véritable nature de son combat : la régénération de l’humanité.
Proudhon remercie d’abord son correspondant pour la défense de son ouvrage sujet à de nombreuses critiques : « […] Que je vous embrasse…Je vous ai offensé dans mon cœur, cher ami, car j'ai douté un moment de votre courage, mais cela venait de ma propre peur. Vous êtes plus brave mille fois que moi ! […] Vous avez osé dire ce qu'il vous semblait de mon livre quand tout déclamait contre lui ; Depuis le journal des débats jusqu’à l’Ami de la Religion…C’est héroique. […] il y a 13 ans, en 1848, je fus seul un jour contre tous... Maintenant il y a une voix, une plume puissante qui me fait écho. […] ».
Il poursuit en livrant plus globalement ses réflexions politiques et sa conception de la liberté et du droit : « Vous avez parfaitement compris encore que c'étaient nos démocrates qui avaient besoin d'être rassurés contre la peur du despotisme se prévalant de la force brutale... Soyons forts ! c'est à dire cessons d'être lâches, d'être femmes, redevenons des hommes, et nous serons libres. Oh, s’il y avait encore un peu d’esprit en France ! Comme cela serait applaudi ! mais nous aimons mieux balbutier le mot de liberté dans notre aplatissement que de nous relever dans notre énergie, et nous croyons que la liberté et le droit nous reviendront par la seule vertu de l’idée ! Quelle déchéance ! […] ».
Il désire également avoir des indications de son ami pour parfaire ses réflexions : « J'ai bien des choses à dire encore sur le droit de la force sur lequel je veux ne laisser aucun nuage ; sur la situation européenne, sur la meilleure tactique à suivre vis-à-vis des états despotiques, sur l'avenir des nationalités, etc., etc. … Que faut il que je soigne ? Sur quel point porter la lumière ou la force ? […]. Maintenant je suis tiraillé d’objections, de lettres, de critiques de réclamations, de la part d’anciens amis, surtout de démocrates. Nous ne devons pas nous aliéner ce monde si chatouilleux, d’ailleurs si inconséquent, si peu instruit. Sur tout cela donnez moi encore vos indications. Vous voyez que je sais profiter des bons conseils. Vous n’êtes pas pour rien dans ma dernière œuvre : continuez donc, et à nous deux, nous ferons force et droit. […] ».
Puis, il exprime la véritable nature de ses idées, de son combat : « […] La société est partout bien malade. De tous côtés éclatent de hideux scandales et le public ne s'étonne de rien. Notre époque est l’analogue de celle des Césars, je le redis sans cesse. Nous ne combattons pas comme Brutus et Caton, pour le triomphe de notre parti, pour le pouvoir ; nous combattons pour la régénération de l’humanité. Je ne vois plus les choses que de ce point de vue : c’est d’après cette pensée que je règle ma conduite. […] ».
Transcription jointe