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Louis-Marie-Julien Viaud dit Pierre Loti (1850-1923), écrivain et officier de marine.
Belle et longue lettre autographe signée (minute), 11 novembre 1913, à « Mon cher Ministre » (Louis Barthou) relative à Rochefort, la défense nationale et l’Arsenal. Légères fentes à la pliure centrale situées en haut et bas du document.
A la veille de la 1ere Guerre mondiale, Loti s'inquiète du déclin de l’Arsenal de Rochefort et organise sa défense. Il essaie d'intervenir auprès du Président Poincaré, du Président Louis Barthou et du ministre de la Marine, Pierre Baudin, afin de conserver l'activité de l'Arsenal, fondé au XVIIe et choisi par Colbert en raison de sa position stratégique. Menacé à de nombreuses reprises notamment au sein des commissions de la Marine et la Guerre ainsi qu’à l’état-major, l’Arsenal de Rochefort apparaissait comme une survivance d’un autre temps. Toutefois, les protestations de Loti et des électeurs, relayées au Parlement, parvinrent à maintenir l’Arsenal, dont la fermeture définitive n’intervint qu’en 1927. Pierre Loti, dans son journal, s’attribua le mérite d’avoir sauvé l’Arsenal de la fermeture.
« La stupeur que me cause cette dépêche m’est douloureuse à plusieurs points de vue […] vous m’aviez dit exactement le contraire, en termes les plus formels, et la dernière fois, c’était à Hendaye, devant Mr Poincaré.
Pourquoi alors n’avoir pas refusé audience à l’amiral de Percin, après le passage duquel vous m’avez télégraphié : « comptez sur moi plus que jamais » ?
Et voici bien la dernière chose que j’aurais attendue : notre délégation que vous deviez d’abord entendre chez vous, vous la faites recevoir par M. Baudin en personne qui, après avoir essayé toujours des mêmes petits arguments a terminé par la notification de votre parfaite entente et de notre arrêt de mort !
L'agonie de ma ville natale endeuillera mes derniers jours. Qu'est-ce qu'un petit chantier de construction, maintenu par pitié, auprès de notre Préfecture maritime supprimée ? Ce petit chantier ne serait du reste qu’une absurdité préjudiciable à l’Etat et à nous-mêmes.
Des compensations ? Mais celle, fait minime, que l’an dernier j’avais annoncée de votre part à mes concitoyens, nous ne l’avons même pas obtenue !
Et la question de Rochefort n'est que secondaire auprès de celle de la Défense nationale, auprès de ce crime d'avoir supprimé tout point d'appui dans le Golfe de Gascogne, d'avoir saboté nos défenses et ouvert toutes grandes nos portes à l'ennemi, qui ne manquera pas de s'y présenter. Nous continuerons la lutte, bien que sans espoir. La Presse, elle est muselée par le ministère. Restera le bon sens de la Chambre, son simple bon sens, mais là encore le ministre mettra la main, et je me sais échoué d’avance, n’ayant ni votre pouvoir, ni votre habileté.
[…] j’ai leurré mes concitoyens de l’espoir que vous me donniez ; il faudra bien, pour qu’ils m’excusent que je rende publiques vos paroles, vos lettres et dépêches : comment pourrais je m’en tirer sans cela ? Révolté et navré, je vous prie d’agréer mon cher Ministre, l’expression de mes sentiments quand même dévoués et toujours reconnaissants pour autrefois […] ».
On joint la copie d'une lettre de Louis Barthou à Loti, 27 octobre 1913, acceptant de recevoir l'amiral de Percin et la délégation annoncée par Loti, et regrettant de ne pouvoir aller contre les raisons du ministre.