Description du document « Jean COCTEAU – Lettre autographe signée – « Orphée » et ruine – 1952 »
Lettre autographe signée « Jean Cocteau » (probablement minute) adressée à Lucienne Watier, 12 février 1952, 2 pp in 4.
Au sujet de son œuvre cinématographique « Orphée », sortie en 1950. Lettre à son impresario (agent artistique) Lucienne Watier. « Orphée », œuvre majeure de Cocteau, connut une forte reconnaissance publique et critique dont la distribution fut assurée par la société de production DisCina.
Cocteau se dit ruiné et accuse la Discina de l’avoir dépossédé de ce qui lui revient. Il a le sentiment d’être volé et que le succès du film ne se reflète pas dans ses revenus, portant préjudice à son œuvre. Il livre ainsi son amertume et se dit fatigué et en grande détresse. Il déclare qu’à son âge, 62 ans, il veut être libre !
« Le dommage causé par la DisCina ne représente pas que ma ruine. Il porte préjudice au film auprès de mes collègues et auprès du gouvernement auquel on vante l’avantage des « films de qualité ».
Ma Lulu,
je me refuse à vivre au [creux] de la pente. Je lutterai. Tu es trompée comme je suis trompé, de la manière la plus impensable. La seule différence entre nous c’est que tu ne l’admets pas et que j’en ai les preuves. Elles sautent du reste aux yeux. Les voleurs ont été trop loin. [avec] le chiffre ridicule d’Amérique après un immense succès de grandes salles (celle de Hollywood Boulevard, entres autres, qui ne désemplissait pas) – et la lettre envoyée à Berry que je t’ai communiquée : « J’espère que Cocteau verra quelques choses des énormes recettes d’Orphée ».
Je travaillerai […] et je remercie Perrault de me trouver une place de conseiller qui me rapportera de quoi vivre. Mais cette place qui me sauve ne peut m’être donnée si une exclusivité quelconque existe, ce qui me concerne.
Je te demande donc de résilier en secret notre contrat et de continuer à te charger de moi comme toujours. Naturellement si je dois décharger ton bureau je prendrai un secrétaire. Je trouve injuste les dépenses que vous prenez à votre charge et qui doivent être à la mienne.
Ma fatigue et ma détresse sont si grandes que je me refuse à des discussions qui nous feraient du mal. Sache que je t'aime et que rien ne change. Mais j'ai 62 ans et je veux être libre. Donc Perrault et Me Abeles se chargeront du côté pratique de la chose. Nul ne m’influence. C’est après de longues réflexions que je me décide. Le dommage causé par DisCina n’est pas que ma ruine – Il porte préjudice au film, auprès de mes collègues et auprès du gouvernement auquel on parle de « film de qualité ». Je suis sur que tu as le cœur apte à me comprendre. A ce rythme, il ne pourrait vendre milly et j’en mourrais de chagrin.
Je t’embrasse
Jean Cocteau
PS Decharme m’apprend qu’un autre collaborateur de DisCina est en prison. Cela […] ne me rendra pas les millions de Suède, du Japon , d’Allemagne et d’Amérique. En outre Roger Ferdinand nous a exposé hier comment procédaient les voleurs.
PS Je joins à cette lettre la lettre officielle en souhaitant pour toi et pour moi qu’elle ne soulève pas la moindre publicité. Et [ne nuisent pas] avec nos rapports intimes. »
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