BILLAUD-VARENNE – Lettre autographe signée – Solitude et désillusions – 1802 – 7 pp

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Description

BILLAUD-VARENNE – Lettre autographe signée – Solitude et désillusions – 1802 – 7 pp

Jacques-Nicolas Billaud puis Billaud-Varenne, « le Patriote rectiligne » ou le « Tigre » (1756-1819), député montagnard à la Convention nationale et membre du Comité de salut public. Si Robespierre est le grand théoricien de la Révolution, Billaud en est le grand exécuteur et est essentiel dans le gouvernement de la France pendant la Terreur. Son efficacité et sa rigueur sont redoutables. Malgré son amitié et sa proximité idéologique avec Robespierre, il est un rouage central dans sa chute, le 9 thermidor. Il est arrêté lors de la Réaction thermidorienne. Déporté à Cayenne sans jugement, il y refuse la grâce de Napoléon.

Lettre autographe signée à son père, Dorvillier, 8 germinal an 10 (29 mars 1802), 7 pp in 4.

Très longue et intéressante lettre de son exil en Guyane, sur ses difficultés quotidiennes, sa vie modeste, la trahison de son épouse, la séparation avec ses proches et ses épreuves, la rudesse des évènements et des hommes et enfin l’acceptation de son funeste sort. Après avoir passé quatre ans dans le terrible camp de Sinnamary et refusé la grâce de Bonaparte après le 18 Brumaire, libre, il retourne à Cayenne et s'installe dans la ferme de l'émigré d'Orvilliers.

La première partie de la lettre, d'un ton tendre et respectueux, est consacrée aux difficultés quotidiennes, ses conditions matérielles, sa vie modeste et l’achat de sa ferme.

Son père lui demande une procuration générale : « Les évènements, pour lesquels elle semble destinée sont trop sinistres, et certes je les éloigne de mon imagination déjà assez soucieuse, autant qu’il m’est possible. N’ai-je pas eu assez à gémir, sans y ajouter ce nouveau déchirement de plus ? ». Néanmoins il accepte et va la lui renvoyer car un des articles lui donne l’autorisation « pour acquérir l’habitation que je tiens de ferme ». Ce logement est très modeste : « j’ai pris ce domaine dans un état de délabrement absolu. Dès l’année dernière, il m’a fallu 6000 livres pour commencer à le relever. » Il évoque les gens qui l’y ont aidé et envisage les futures plantations à faire : « les deux manufactures à cacaos et à coton sont à faire […] enfin les autres bâtiments sont également très dégradés ». Mais ce logement aussi fragile soit il, lui est essentiel : « je ne puis me promettre d’avoir une existence fixe et tranquille, qu’autant que je serai muni d’une propriété…je me donne tant de peine… et j’ai fait tant de dépenses pour le mettre dans l’état… ».

Dans une partie assez développée, il partage ses chagrins et ses peines, dont la trahison de sa femme Angélique : il a besoin de documents de sa femme pour qui il n’éprouve que déception et rancœur : « très certainement j’ignorais qu’elle ne m’était plus rien. A la vérité, le silence que vous gardiez sur con compte dans vos lettres, de même que l’entortillage des siennes, et les conseils déplacés que j’y trouvais, m’indiquaient assez qu’il y avait quelque chose de masséant dans sa conduite…car il n’y a que trois mois que je sais que non seulement elle a fait divorce peu de temps après mon départ de France, mais qu’elle avait épousé je ne sais quel vieillard, qui, dit on, lui a donné beaucoup de fortune…quoique je dusse m’attendre à cette indignité : après toutes celles dont on m’a abreuvé, ayant reçu cette nouvelle inopinément, elle ne m’a fait qu’une plus profonde impression. Enfin, j’ai dévoyé ce chagrin, comme tant d’autres, et je n’y songe plus. ».

La séparation d’avec ses proches l’affecte grandement et il aspire désormais à la paix : « rien ne m’affecte davantage, et si maintenant mon sort me parait rigoureux, c’est parce qu’il m’en fait une loi….il y a longtemps que ce mot [de bien être] ne m’est plus applicable. Mais après avoir été si rudement balloté par les évènements et par les hommes, l’éloignement le plus étendu est désormais ce qu’il me faut. Vivre en paix, sans troubler celle des personnes qui me sont chères : voilà uniquement à quoi j’aspire. ».

Il termine sa longue lettre par des mots adressés à chaque membre de sa famille : sa « chère maman », ses frères Henri et Benjamin.

 

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